16MM, NOIR & BLANC
Les dialoguistes du cinéma français
par Raymond Chirat.

 

Raymond Chirat dédie un cycle de projections à un métier disparu du cinéma : dialoguiste.
Chaque mois, il vient évoquer les grands dialoguistes tels que Sacha Guitry, Henri Jeanson, Charles Spaak, Bernard Zimmer, Jacques Prévert, ou Carlo Rim.
Après chaque séance, un verre de l’amitié est partagé dans le jardin d’hiver de la Villa Lumière !

Dialoguiste : Sacha Guitry
Mercredi 14 décembre à 19h - Projection à la Villa Lumière

 

Les Perles de la couronne
De Sacha Guitry et Christian-Jaque
(France, 1937, 2h, N&B)
Avec Jacqueline Delubac, Sacha Guitry, Yvette Pienne, Arletty, Lynn Harding, Ermete Zacconi. Scénario et dialogues de Sacha Guitry. Photographie de Jules Krüger, Raymond Voinquel. Musique de Jean Françaix, dirigée par Georges Dervaux.

Quatre cents ans d’histoire depuis François Ier. Des perles sont dérobées à la couronne d’Angleterre et suivent leur destin jusqu’à nos jours…
Le premier rendez-vous de ce cycle sur les dialoguistes est dédié à l’incontournable Sacha Guitry.
Raymond Chirat, Olivier Barrot (Jeux d’auteurs, mots d’acteurs, Institut Lumière/Actes Sud, 1994) : « Ce théâtre de boulevard était parisien jusqu’au jour où le cinéma permit l’exploitation des pièces dans toute la France et par-delà les frontières. A partir du moment où s’impose le parlant, Sacha Guitry, qui méprisait l’écran, se convertit. Il veut qu’on l’entende, c’est sa vocation. » Les mêmes soulignent par ailleurs les qualités de l’interprète principale : « Jacqueline Delubac est une excellente actrice, malicieuse et fraîche, naïve et rouée, sachant (…) revêtir le vertugadin funèbre de Marie Stuart et se parer de la tunique de Joséphine dans Les Perles de la couronne, où Guitry agite à la façon d’un marionnettiste des pantins échappés des histoires de France et d’Angleterre. »
Un étourdissant roman d’aventures, récompensé par le prix du meilleur scénario à la Mostra de Venise.

Dialoguiste : Henri Jeanson
Mardi 3 janvier à 19h - Projection à la Villa Lumière

 

Copie conforme
De Jean Dréville
(France, 1946, 1h45, N&B)
Avec Suzy Delair, Louis Jouvet, Annette Poivre, Jean-Jacques Delbo, Léo Lapara, Jean Carmet. Scénario de Jacques Companeez. Dialogues d’Henri Jeanson. Photographie d’André Thomas. Musique de René Cloerec. Paroles d’Henri Jeanson.

La ressemblance d’un homme tranquille, Monsieur Dupon, et d’un cambrioleur inspiré, Ismora, permet à ce dernier de réussir des vols sensationnels…
Autre dialoguiste majeur, Henri Jeanson, qui travailla également avec Christian Jaque (Un revenant, 1946), Julien Duvivier (Pépé le Moko, 1937), Jean Delannoy (La Minute de vérité, 1952), Henri Decoin (Les Amoureux sont seuls au monde, 1948), Marcel Carné (Hôtel du Nord, 1938) ou encore Henri Verneuil (Maxime, 1958). Raymond Chirat (Jeux d’auteurs, mots d’acteurs, Institut Lumière/Actes Sud, 1994) :
« A propos de Jeanson, il faut rappeler son amitié avec Jouvet, qui exigeait que tous ses films soient dialogués par Jeanson. Du coup, écrivant les rôles de Jouvet, il a adopté sa cadence, sa façon de parler. »
Une collaboration complice avec Jean Dréville et les dialogues piquants de Jeanson donnèrent l’occasion à Jouvet de livrer une interprétation grandiose sur le thème du double.

Dialoguiste : Charles Spaak
Jeudi 23 février à 19h - Projection à la Villa Lumière

 

Le Dernier tournant
De Pierre Chenal
(France, 1939, 1h30, N&B)
Avec Corinne Luchaire, Fernand Gravey, Michel Simon, Robert Le Vigan, Florence Marly. Scénario de Henry Torrès d’après The Postman Always Rings Twice de James Cain. Dialogues de Charles Spaak.

Vagabond, sans travail, Frank se fait embaucher dans un garage, tenu par Nick. Cora, l’épouse de Nick, déteste son mari. Elle séduit Frank…
Le roman de James Cain, paru aux Etats-Unis en 1934, avait tout d’abord tenté Jean Renoir et Marcel Carné pour finalement arriver entre les mains de Pierre Chenal, qui en confia l’adaptation à Henry Torrès et les dialogues à Charles Spaak. Le roman sera par la suite adapté par Luchino Visconti (Ossessione, 1943), Tay Garnett et Bob Rafelson (Le Facteur sonne toujours deux fois, respectivement en 1946 et 1981). Raymond Chirat : « Après avoir été secrétaire de Jacques Feyder et chef de publicité de la société Albatros, Charles Spaak signa des adaptations et des dialogues de films qui ont marqué la fin du muet et le début du parlant ; en 1937, figurent à son palmarès des oeuvres de Feyder, de Grémillon, de Duvivier. Ouvrages d’une belle dramaturgie, composés dans les règles de l’art, un peu pesants, un peu carrés, qui préfèrent la lumière aux ombres, mais fournissent aux acteurs des rôles appropriés, excellemment écrits. Cinéma d’atmosphère où chaque détail a sa fonction ; tir précis des dialogues qui atteignent inévitablement leur but. »

Dialoguiste : Bernard Zimmer
Mardi 20 mars à 19h - Projection à la Villa Lumière

 

La Kermesse héroïque
De Jacques Feyder
(France, 1935, 1h50, N&B)
Avec Françoise Rosay, Louis Jouvet, Jean Murat, Micheline Cheirel, André Alerme,
Lyne Clévers, Bernard Lancret. Scénario de Charles Spaak. Adaptation de Charles
Spaak et Jacques Feyder. Dialogues de Bernard Zimmer. Assistant réalisation :
Marcel Carné.

En 1616, l’armée espagnole doit passer par une petite ville de Flandre. Pour ses modestes habitants, hommes couards et femmes bien en chair, tout disposés à se livrer aux joies de la table et aux plaisirs de l’amour, l’alcôve en politique vaut mieux que n’importe quel gouvernement…
L’oeuvre la plus célèbre de Feyder, génie de l’avant-guerre. Devant la caméra, Louis Jouvet, Charles Spaak au scénario, Bernard Zimmer aux dialogues, et Lazare Meerson pour les décors. Raymond Chirat : « L’invention décorative atteint son apogée avec La Kermesse héroïque que Feyder tourne également en deux versions et qui se veut avant tout un hommage aux peintres flamands de l’école de Brueghel. L’admirable complexe conçu et édifié par Lazare Meerson qui donne la vie à l’opulente cité de Boom, la splendeur légèrement caricaturale des costumes ; l’ironie presque grinçante du récit qui plaide pour une collaboration avant la lettre, ce qui déchaîna en Belgique la réprobation des milieux flamands, la qualité de l’interprétation et la sûreté de la direction d’acteurs valent à l’oeuvre une pluie de récompenses, l’estime de la critique et l’adhésion du public. On y découvre évidemment un ton qui manque aux tableaux de genre slave. »

Dialoguiste : Jacques Prévert
Jeudi 19 avril à 19h - Projection à la Villa Lumière

 

Remorques
De Jean Grémillon
(France, 1940, N&B)
Avec Michèle Morgan, Jean Gabin, Madeleine Renaud, Fernand Ledoux, Nane Germon, Charles Blavette. Scénario de Roger Vercel, Charles Spaak, André Cayatte, Jacques Prévert d’après le roman de Roger Vercel. Dialogues de Jacques Prévert. Décors d’Alexandre Trauner.

André est capitaine de remorqueur, et pratique le sauvetage de navires au large de Brest. Sa femme, malade, aimerait qu’il abandonne son métier. Lors d’un sauvetage, André rencontre Catherine…
Une œuvre insolite et bouleversante, un classiques du réalisme poétique des années 1930, par l’un des plus grands cinéastes français, qui s’entourent des meilleurs artisans du cinéma de l’époque : Jacques Prévert, Charles Spaak, et les acteurs Jean Gabin, Michèle Morgan, Madeleine Renaud.

Dialoguiste : Carlo Rim
Mardi 15 mai à 19h - Projection à la Villa Lumière

 

L'Armoire volante
De Carlo Rim
(France, 1948, 1h30, N&B)
Avec Fernandel, Berthe Bovy, Pauline Carton, Louis Florencie, Germaine Kerjean. Scénario et dialogues de Carlo Rim.

Alfred Puc s’impatiente d’hériter de sa tante. Celle-ci meurt en accompagnant des déménageurs, qui ont l’idée de placer son cadavre dans une armoire, bientôt volée …
Histoire cocasse et interprétation pittoresque (du grand Fernandel), le film, incompris à sa sortie, est encore oublié de nos jours, et pourtant toujours autant réjouissant !
Claude Beylie : « Carlo Rim était un auteur complet, et nous n’en avons pas tellement. Il avait une curiosité inaltérable, qui le poussa à aborder tous les genres. »

Dialoguiste : Bernard Zimmer, Henri Jeanson, Julien Duvivier, Jean Sarment
Mardi 5 juin à 19h - Projection à la Villa Lumière

 

Un carnet de bal
De Julien Duvivier
(France, 1937, 2h24, N&B)
Avec Marie Bell, Harry Baur, Pierre Blanchar, Fernandel, Françoise Rosay, Louis Jouvet, Raimu, Pierre-Richard Willm. Scénario d’Yves Mirande. Dialogues de Bernard Zimmer, Henri Jeanson, Julien Duvivier, Jean Sarment.

Une jeune veuve, retrouvant le carnet de bal de ses seize ans, recherche ce que sont devenus ses danseurs…
Raymond Chirat : « Bernard Zimmer n’a pas son pareil pour relever d’une pointe de vinaigrette les saveurs éventées des vieux mélos, pour assaisonner aux épices des romans bien pensants. Zimmer excelle à remonter les mécaniques de personnages secondaires qu’il lance pour notre plaisir dans les marges du scénario. » A ses côtés, trois autres grands dialoguistes cosignent les répliques.

RAYMOND CHIRAT, PROFESSION FILMOGRAPHE

 


Une mémoire extraordinaire et généreuse, un talent de conteur, une façon exquise de manier le langage, un amour éperdu du cinéma…
Écouter Raymond Chirat parler de cinéma est un grand moment de bonheur dans une vie
de spectateur !
Spécialiste du cinéma français, fondateur de la bibliothèque de l’Institut Lumière, écrivain, auteur de nombreux ouvrage sur le cinéma français (films puis acteurs), il entreprit d’archiver le cinéma français des origines à nos jours offrant à la littérature cinématographique un travail encyclopédique unique, d’une précision d’historien, qui fait référence.
Lire l'article : Raymond Chirat, l'inépuisable trésor du cinéma français - Acteurs de l'économie, avril 2012