La Villa Lumière
> Le livret La Villa Lumière, Une histoire des frères Lumière et de leurs inventions
est en vente au Musée Lumière

La villa Lumière est le dernier témoin, à Lyon, de l'ascension sociale et de la formidable réussite industrielle d'Antoine Lumière, peintre et photographe, et de ses deux fils aînés, Auguste et Louis, inventeurs du cinématographe.

L'aventure des Lumière

Antoine Lumière - 1895

La famille Lumière arrive à Lyon en 1870. Le studio photographique installé rue de la Barre, dans une baraque en bois puis dans un bâtiment en dur avec vitrine et salon de réception devient un endroit à la mode ; de nombreux artistes, hommes politiques, scientifiques le fréquentent.


Auguste et Louis sont très tôt associés aux travaux de leur père. La première invention de Louis, âgé de 17 ans, va marquer les débuts de leur aventure industrielle et de leur fortune : il met au point une plaque au gélatino-bromure permettant l'instantané Photographique.

Fabriquée d'abord artisanalement, cette plaque, commercialisée dans une boîte à étiquette bleue, connaît d'emblée un grand succès d'où l'idée de passer au stade industriel. Une usine est créée à l'est de la ville en 1882.

> Le site comprenant la Villa Lumière et les usines - Vue aérienne (1920)
Antoine Lumière achète, en 1882, dans le faubourg de Monplaisir, à l'est de Lyon, un vaste terrain sur lequel il va édifier le plus grand établissement de produits photographiques d'Europe. De l'usine, ne subsiste que le hangar, cadre du premier film, "La sortie des usines Lumière". Les autres bâtiments ont été rasés en 1975, après le transfert de l'entreprise dans la banlieue lyonnaise. La demeure, construite en 1896 pour Auguste et Louis, a fait place, en 1970, à un immeuble et une station-service.

Le développement de l'entreprise n'empêche pas les deux frères de poursuivre leurs recherches dans divers domaines, notamment celui de l'image animée. Louis dépose, en février 1895, le brevet d'un appareil qu'il appelle Cinématographe Lumière et dans lequel il utilise une bande souple et transparente aux bords régulièrement perforés: le cinéma est né.

Les Lumière bâtisseurs

"Mon père avait la maladie de la pierre invétérée... Grisé par le succès de notre entreprise, il fit bientôt l'acquisition d'une propriété à La Ciotat, sur laquelle il construisit une grande et belle villa, puis créa un vignoble avec des caves monumentales ; il éleva encore d'autres constructions à Evian, à la Turbie et enfin à Monplaisir...", écrit Auguste Lumière dans ses mémoires.

> Villa Lumière de nuit - Photo : J.-L. Mège

Le château Lumière, ainsi nommé dès l'origine par les habitants du quartier, est l'ultime création architecturale d'Antoine Lumière. A l'instar de nombreux industriels lyonnais, tels Rochet et Schneider ou Marius Berliet, constructeurs automobiles, il fait élever à la périphérie de Lyon une imposante maison de maître à la fois confortable et proche des ateliers. Construite, entre 1899 et 1902, par les architectes lyonnais Alex et Boucher, elle présente une décoration particulièrement luxueuse, dans laquelle s'exprime des tendances "Art Nouveau".

Détail du toît de la VIlla Lumière

Regards extérieurs

 

Le maître d'oeuvre a conçu un édifice de plan massé, proche du carré, dans lequel seul le passage à voiture, au nord, forme saillie. A cette régularité du plan s'opposent l'éclatement des volumes et la diversité des élévations. L'effet architectural tient dans les proportions des silhouettes et dans le jeu des matières, des couleurs et de l'ornementation.

La diversité des matériaux contribue à la polychromie : calcaire blanc des balustres, des terrasses et balcons, calcaire gris des bandeaux et corniches, briques et pierre blanche des lucarnes et des souches de cheminées, tuiles en écaille vernissées et émaillées des toitures, zinc des crêtes et épis de faîtage, métal, verre et carreaux de céramique du jardin d'hiver.


> L'ensemble de la toîture, aux fortes pentes, est couvert de tuiles en écailles vernissées et émaillées. Sa récente restauration à permis de lui redonner sa polychromie d'origine.

> La porte d'enrée de la Villa Lumière > La façade et le Jardin d'hiver de la Villa Lumière
 

Le jardin d'hiver, entièrement vitré, occupe l'angle nord-ouest de la villa. La structure métallique repose sur un soubassement en pierre calcaire traité "en appareil mosaïque". Le décor extérieur reste sobre. Seule une frise de céramique au couleurs vives, court au-dessus des verrières.

Vues intérieures

La distribution intérieure reste classique : le sous-sol est réservé au service, le rez-de-chaussée à la réception, les deux étages principaux aux appartements familiaux et l'étage de comble aux chambres des domestiques. L'effet de surprise est provoqué par le volume hors d'échelle de l'atelier de peinture qui s'élève sur la hauteur des deux derniers étages du corps central. Le rez-de-chaussée s'organise autour du grand escalier central et du vestibule, avec le salon dans l'axe, la cuisine et la salle à manger à droite, la salle de billard et le jardin d'hiver à gauche. Le salon occupe de manière traditionnelle le coeur de la maison, mais la fantaisie vient de son ouverture sur une galerie intérieure, aux baies garnies de grandes verrières. La galerie donne accès d'un côté à la salle à manger, de l'autre à la salle de billard.

> Coq sculpté

L'élément marquant de l'escalier d'honneur est le coq sculpté en ronde-bosse au départ de la rampe à balustres ; cet animal signale la naissance du jour et donc la lumière ; sa représentation dès l'entrée est sans aucun doute symbolique.

> Le grand escalier
 
Pour la décoration de sa villa, Antoine Lumière fait appel à des artistes lyonnais dont certains sont des amis. C'est le cas du peintre Eugène-Benoît Baudin (1843-1907), spécialisé dans la peinture florale et passionné de photographie.
Il orne la cage d'escalier et le couloir du premier étage d'épis de maïs et de chutes de fleurs, en association avec le décorateur Dessignori dont l'oeuvre n'est pas connue.

 

 

Le Jardin d'hiver de la Villa Lumière

Deux côtés de la pièce sont entièrement vitrés, mais seules subsistent aujourd'hui les verrières des impostes ; une photographie autochrome prise au début du XXe siècle, témoigne de la souplesse du dessin et de l'harmonie colorée de l'ensemble.
La recherche du confort et de la convivialité est une composante essentielle de cette construction. Dès l'origine, la villa est équipée d'un ascenseur, du chauffage central et du téléphone ; chacune des chambres possède sa propre salle de bains ou son cabinet de toilette. La construction s'ouvre largement sur l'extérieur grâce à l'importance des surfaces vitrées rendue possible par l'emploi de structures métalliques également utilisées pour la charpente.
Le jardin d'hiver présente une architecture et un décor particulièrement soignés. Il est traité comme une véritable pièce et non comme une véranda. Deux colonnes en marbre encadrent l'entrée ; elles reposent sur un soubassement en marbre rouge qui se prolonge sur le pourtour de la pièce.
La décoration intérieure présente une grande homogénéité. Les mêmes matériaux et les mêmes formes se répondent d'une pièce à l'autre : sols en carreaux de ciment pressé aux riches effets décoratifs ou parquets en marqueterie selon les fonctions, plinthes en marbre, lambris et portes à frontons en haut-relief, frises de céramique, cheminées sculptées. Le vocabulaire Art Nouveau est nettement perceptible dans la composition et le chromatisme des vitraux et des peintures murales.

Les sols en carrelage (deux exemples)

Les sols du jardin d'hiver, des pièces de service, des salles de bains et des circulations sont revêtus de carreaux de ciment pressé aux riches effets décoratifs. Cette technique de décor teinté dans la masse, permet une grande variété de motifs.

Antoine Lumière fait appel à des artistes lyonnais dont certains sont des amis ; c'est le cas du sculpteur Pierre Devaux qui a déjà travaillé pour lui à Evian, du peintre Eugène-Benoît Baudin, spécialisé dans la peinture de fleurs et passionné de photographie, et du sculpteur sur bois G. Cave. Les pièces du rez-de-chaussée concentrent l'essentiel de la recherche décorative..

Conçue pour être la demeure familiale, cette villa fastueuse ne fut, en fait, habitée que quelques années par Jeanne-Joséphine Lumière, épouse d'Antoine.

Elle ne devient officiellement propriété de la Société Lumière qu'en 1950, mais abrite depuis plusieurs années le siège social et les bureaux. Lorsque la ville de Lyon l'achète, avec les terrains alentour, en 1975, l'intérieur est cloisonné et le décor masqué. Commence alors une importante campagne de restauration qui permet de redonner aux pièces leur volume et, dans la mesure du possible, leur décor d'origine. Lors d'une seconde campagne, les toitures, entièrement refaites, retrouvent leur polychromie initiale. Un éclairage (primé en 1993 par la Caisse des Monuments historiques et des Sites ) met en valeur les façades restaurées et dégagées grâce à la création d'un espace vert de 7000 m2. L'ensemble de la villa est inscrit à l'inventaire supplémentaire des Monuments historiques par arrêté du 20 mai 1986 et le Hangar du Premier-Film a bénéficié d'une mesure de classement le 2 décembre 1994 avant d'être restauré et intégré à la nouvelle salle de l'Institut Lumière en 1998.